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Passionnant ! Maxime Michelet brosse le portrait historique et mémoriel de l’impératrice Eugénie dans son 1er ouvrage. Ainsi, il reconstitue la vie de l’impératrice, ses années de régence, son poids de la politique, son combat en tant que femme et sa fin de vie. Rencontre…

Maxime Michelet, en quelques mots ? 

Il faut peu de mots pour présenter un jeune homme de 28 ans. Originaire des terres champenoises de la Marne, j’ai poursuivi mes études à Paris à l’issue de mon Baccalauréat où, après trois années de classes préparatoires littéraires au lycée Henri-IV, j’ai obtenu ma Licence puis mon Master d’Histoire avant d’entrer en thèse. J’ai été honoré par le président du Souvenir napoléonien de la présidence du comité d’organisation du Centenaire de l’Impératrice et publie mon premier ouvrage en ce début d’année 2020 aux éditions du Cerf.

Comment êtes-vous venu un jour à prendre la plume et à écrire ?

Tout simplement dans le cadre de mes études. Mais contrairement à ce que certains autres étudiants peuvent vivre durant leurs années de Master, écrire n’a pas été une corvée mais un véritable plaisir.

La recherche en archives et en bibliothèques a ses charmes impérissables mais structurer et exprimer les conclusions de ses recherches me semble avoir encore plus de charme. Et toujours davantage encore lorsqu’on a la chance de pouvoir ensuite adresser le résultat de nos travaux au grand public.

Comment a été conçu le livre « l’impératrice Eugénie, une vie politique » ?

Cette biographie de l’Impératrice est en réalité mon mémoire de Master que j’ai réalisé sous la direction d’Éric Anceau et que j’avais soutenu en 2016 en présence de mon directeur et de Jean-Claude Yon.

J’ai ensuite eu le privilège, en janvier 2019, de rencontrer Christian Bourdeille, président du Souvenir napoléonien, qui a souhaité m’aider afin de faire publier ce livre à l’occasion du Centenaire de la disparition de l’Impératrice dont il me confiait alors la présidence.

J’ai pu être mis en contact avec Arthur Chevallier, éditeur aux Éditions du Cerf (et aujourd’hui chez Passés Composés), qui a accepté le projet de me publier et – avec un grand talent – a su me conseiller pour réaménager quelque peu mon travail initial et lui donner sa forme définitive. Je suis particulièrement ravi du résultat final, tout autant sur le fond que sur la forme.

Maxime Michelet, pourquoi avoir choisi « le second empire » comme spécialité ?

Sans doute car la damnatio memoriae jetée sur Napoléon III et son régime est une des injustices historiques et mémorielles les plus sidérantes qui soit. Il ne s’agit pas de réhabiliter un régime passé puisque les historiens n’ont pas vocation à être des juges mais – pour reprendre une nuance chère à Éric Anceau – le Second Empire mérite certainement une réévaluation historiographique.

Ce régime a été calomnié par la Troisième République pour mieux asseoir la fondation du régime républicain en dévalorisant l’alternative politique et institutionnelle perçue comme la plus menaçante pour la République naissante. Ce serait inutile de reprocher à la Troisième République d’avoir usé de cette méthode pour garantir sa propre pérennité, c’est un mécanisme bien naturel. Mais aujourd’hui nous sommes éloignés des temps de fondation de notre République et nous pouvons rendre à Napoléon III ce qui appartient à Napoléon III sans craindre de ressusciter je-ne-sais-quel dangereux fantôme de notre passé.

On pense souvent que les historiens du Second Empire (tout comme d’ailleurs ceux du Premier Empire) sont de fervents et farouches bonapartistes, ce qui montre que la méfiance politique vis-à-vis de la mémoire de ces régimes demeure sujette à caution. Il me semble pourtant que la République française (dont Louis-Napoléon Bonaparte fut d’ailleurs le premier président) aurait tout à gagner à assumer tous les héritages de notre passé. Surtout quand l’héritage en question est aussi positif que celui du Second Empire.

Il y a parfois des gênes et des pudeurs à ce sujet. Ainsi nous parlons volontiers avec admiration du Paris haussmanien, et le monde entier l’admire à juste titre, comme si ce qualificatif « haussmanien » nous permettait de cacher que ce Paris universellement admiré est le Paris de Napoléon III. On devrait d’ailleurs dire « Paris louis-napoléonien » plutôt que « Paris haussmanien ».

Bien sûr il y a le coup d’État du 2 décembre 1851 qui posera toujours un problème à la conscience républicaine (bien plus que la guerre de 1870 dont nous savons bien aujourd’hui que les responsabilités étaient plus partagées que ce que la légende noire a voulu nous dire durant tant de décennies). Mais, de nouveau, réévaluer historiographiquement un régime ce n’est pas lui délivrer un blanc-seing de moralité et de perfection. Nous devons apprendre à avoir un rapport moins manichéen à notre passé. Il n’y a pas les saints de la République, dont les statues devraient embellir nos places, et les démons de la Royauté ou de l’Empire, qu’il nous faudrait oublier définitivement.

Pour quelle raison avez-vous souhaité rendre hommage à Eugénie ?  

Ma rencontre avec l’Impératrice a été le fruit du hasard. Durant mes années de lycée, après avoir été un jeune homme très intéressé par le Premier Empire, je m’étais tourné vers Napoléon III (après avoir croisé un portrait photographique de l’Empereur dont se dégageait une fascinante aura charismatique).

Et mon professeur de Philosophie de Terminale, Philippe Comby (que je salue avec amitié), m’a un jour proposé de m’offrir une biographie de l’Impératrice. Puisqu’il n’avait pas précisé le prénom de ladite souveraine, je pensais bien naturellement à Joséphine. Quelle ne fut pas ma surprise en trouvant un jour en arrivant en cours la biographie écrite par Jean des Cars sur une certaine Eugénie !

J’ai pu alors découvrir la personnalité incroyable de cette souveraine si souvent oubliée et parfois si violemment calomniée. La violence qu’elle a dû subir après la chute du régime impérial est absolument inconcevable, certains allant jusqu’à l’accuser même d’être responsable de la mort du Prince impérial en 1879, son fils unique dont la disparition si précoce devait être pour elle une blessure inguérissable.

Selon la légende noire, Eugénie semblait être la femme la plus sotte, la plus hystérique et la plus dangereuse de notre histoire. Et quand on étudie – même rapidement – la réalité des faits attachés à cette femme, on se rend compte à quel point cette légende noire est injuste et infondée.

D’autant plus que la légende noire attachée à l’impératrice Eugénie transpire de la plus insupportable misogynie. En ce siècle qui est le nôtre, et où les droits des femmes sont un combat de première ligne, rendre à l’impératrice Eugénie sa dignité historique c’est rendre sa dignité à une femme brutalement caricaturée pour mieux lui refuser le droit au pouvoir et à la parole.

Maxime Michelet, si nous devions retenir une chose sur Eugénie, quelle serait-elle ? 

Il faudrait surtout retenir qu’elle fut une femme aux antipodes de la caricature de sotte superficielle construite par la légende noire. Qu’elle fut la seule femme du XIXe siècle dotée d’un statut politique constitutionnel qui aurait pu la mener à exercer la plénitude du pouvoir d’État si l’Empereur avait dû disparaître avant la majorité de son fils. Et qu’elle fut former à cette fin par son mari qui avait une confiance absolue dans les qualités et les capacités de son épouse.

Simplement retenir que le conseil des ministres qu’elle préside le jour de la chute de l’Empire est le dernier conseil des ministres présidé par une femme : Eugénie, Impératrice-Régente, est la dernière femme à avoir exercé les fonctions de chef d’État en France.

Que prévoyez-vous comme hommage pour marquer le centenaire de la disparition de l’impératrice Eugénie ?

Malheureusement les circonstances exceptionnelles que nous traversons actuellement nous amènent à devoir réaménager et redéployer les célébrations du Centenaire de l’Impératrice et il me serait difficile de communiquer sur des événements qui risquent d’être modifiés, annulés ou reportés. Quoi qu’il en soit, il est certain que nous ferons tout – malgré la crise actuelle – pour rendre à l’Impératrice l’hommage qu’elle mérite.

J’espère notamment que nous aurons la possibilité de faire célébrer une messe de requiem en sa mémoire en l’église Saint-Augustin dans les jours qui précéderont la date exacte du centenaire de sa disparition, le 11 juillet.

En ces temps d’épidémie, n’oublions pas que l’un des surnoms de l’Impératrice fut celui d’héroïne d’Amiens en référence à la visite qu’elle accomplit dans cette ville le 4 juillet 1866 alors que l’épidémie de choléra y fait rage. Cet acte de courage – que tout son entourage lui avait déconseillé, Napoléon III y compris – avait eu un retentissement particulièrement important au sein de l’opinion publique et notamment de l’opinion populaire, l’impératrice Eugénie recevant de vifs éloges de son courage et de son dévouement charitable.

Maxime Michelet, quel est votre futur ?

Mon avenir immédiat est déjà de continuer, malgré les circonstances, à promouvoir la figure de l’Impératrice et à permettre à l’année de son Centenaire d’être une année d’hommages légitimes rendus à notre dernière souveraine.

Et je continue à travailler ma thèse, consacrée à l’Assemblée nationale législative de la Deuxième République, toujours sous la direction d’Éric Anceau, avec l’ambition de la soutenir à l’horizon 2022.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je profite du confinement pour lire la moitié des Rougon-Macquart que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire. Je ne quitte donc pas le Second Empire, même si Zola est un féroce critique du régime impérial (une critique qui me semble d’ailleurs plus acérée et talentueuse que celle qu’a pu porter Victor Hugo que nous mettons pourtant toujours en tête des grands auteurs critiques de Napoléon III).

Quelle est votre définition de la littérature ?

Vaste question. Si l’Histoire est mon domaine d’expertise scientifique, ce n’est pas le cas de la littérature dont je ne suis qu’un humble amateur.

Je dirais peut-être que la littérature, comme l’art, c’est la capacité à être déplacé par une production de l’esprit humain. Déplacé dans tous les sens possibles du terme, c’est-à-dire aussi bien le voyage, l’émotion ou la réflexion, trois modalités de déplacement distinctes et complémentaires auxquelles la littérature donne une puissance admirable.

Un mot de fin !

Vive l’Impératrice !


« L’impératrice Eugénie, une vie politique. » de Maxime Michelet aux éditions du CERF.

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L’année 2020 marque le centenaire de la disparition de l’impératrice Eugénie.

Une femme qui aurait pu être amenée à exercer les fonctions de chef d’État et qui fut préparée à cet exercice éventuel et sut montrer dans le cours de son apprentissage les qualités les plus solides. Cette femme fut calomniée et demeure encore aujourd’hui caricaturée comme une sotte hystérique, parce qu’elle était femme.

La cause de l’impératrice Eugénie est celle de toutes les femmes auxquelles on refuse tout simplement le droit à la parole et au pouvoir. Lui rendre toute sa dignité – historique et mémorielle – c’est rendre un hommage à la dignité de toutes les femmes.

Découvrez le portrait de cette femme exceptionnelle dans le premier livre de Maxime Michelet : L’impératrice Eugénie, une vie politique.

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