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Un délicieux moment de lecture ! Mohamed Machti rend hommage à La Femme et la Mer dans ses pièces. Rencontre…

Mohamed Machti, en quelques mots ?

Mohamed Machti, dramaturge, traducteur marocain et formateur en théâtre éducation, porteur d’un virus contagieux appelé théâtre.

Comment êtes-vous venu un jour à prendre la plume et à écrire ?

À 17 ans, j’ai adhéré à une association de théâtre amateur. À l’époque, ce genre de théâtre était bien structuré et loin de tout amateurisme, c’est là où j’ai appris à écrire, j’ai participé à des ateliers d’écriture. J’ai été initié par un grand artiste et autodidacte Moulay Tayeb Idrissi et par un metteur en scène confirmé, Moulay Elahassan Idrissi, c’est là où j’ai appris la phrase théâtrale, la phrase mise en bouche … Dans ces ateliers on réécrivait des pièces, d’ailleurs c’est dans ce cadre que j’ai connu Brecht, Arrabal, Ariane Mnouchkine et tant d’autres.

Mohamed Machti, où trouvez-vous l’inspiration ?

Mon enfance meublée de conte et de souvenirs… mes rencontres où je glane des anecdotes insolites … Et le silence de la nuit

Comment a été conçu le texte de la pièce de théâtre « LA FEMME ET LA MER et autres pièces » ?

Elle a été conçue dans l’utérus d’une femme appelée imagination puis accouchée dans une douleur nommée écriture… Ma mère me racontait que quand la mer engloutissait un proche, sa femme passait sept jours devant les vagues en lui offrant sel et pain, le septième jour la mer lui jette le cadavre … Sur l’ancienne corniche de Rabat, j’étais toujours frappé par la situation de ce couple de « clochards » engouffrés dans un rocher buvant, mangeant et bavardant …  

Que se cache-t-il derrière le titre « LA FEMME ET LA MER et autres pièces » ?

La femme est semblable à la mer déchainée, révoltée, calme et résignée. Les deux sont « ténébreux et discrets » comme disait Baudelaire. La mer pour la femme est un refuge, un allié, un ennemi, une force « poseidoniaque ». Pour la veuve elle est une sirène voleuse de mari, pour une autre elle est délivrance et abri. Dans les trois pièces la mer s’impose en tant que personnage avec ses moments de colère et de tendresse.      

Pourquoi avoir choisi la mer et la femme comme éléments centraux dans votre pièce ?

Ce sont deux femmes à chevelures de vagues, deux mers à langues de vagues qui parlent le même langage, mais pas dans le même style. Je suis né dans une ville de l’intérieur … Marrakech, mais je suis habité par la mer, elle hante mon imagination, son eau, le bruissement de ses vagues, son sel et ses mouettes, les récits qu’on me contait sont tous de véritables algues qui chatouillent mon esprit. 

Vous évoquez beaucoup la situation de la femme dans votre pièce, pour quelle raison est-ce ?

Les femmes dans mon pays ce sont les êtres les plus vulnérables, mais aussi les  plus forts , les lois ont connu un net progrès, mais les mentalités ne suivent pas, dans un texte écrit au milieu du vingtième siècle  par George Orwell, il décrit des femmes marocaines dans le Grand Atlas , la même situation je l’ai vu aujourd’hui aux vingt unièmes siècles : femme portant un fagot de bois sur le dos précédé par son homme les bras ballant ou montant sur un âne, ces femmes préparant des millions de repas comme disait l’anthropologue Rita Lkhyat,  mais qui sont toujours relégués au second plan … C’est à ces femmes que j’avais dédié ma dernière pièce de théâtre « Faty Ariane » texte en arabe dialectale publié les éditions afaq en tournée actuellement au Maroc.

Je suis un féministe convaincu et c’est ma manière de me battre pour contribuer changement la situation de la femme dans mon pays.

Mohamed Machti, quelles sont vos influences ?

Les tréfonds de ma société, son fiel et son miel … Les odeurs de ses parfums enivrants et de sa sueur cinglante… Les jeunes de mon pays avec qui je travaille, de qui j’essaie d’apprendre et à qui j’essaie de transmettre des valeurs qui paraissent aujourd’hui « donquichotienne » : sincérité, tolérance, amour … Des hommes de théâtre comme Molière, Tayeb Saddiki, Brecht des gens qui m’ont appris que « Le théâtre n’est fait que pour être vu », la réplique théâtrale devient alors svelte, déridée … Une dernière influence est la scène, la fournaise de la création.   

Comment est née cette rencontre avec les Éditions Harmattan ?

C’est à travers l’Harmattan que j’ai connu les écrivains qui ont forgé en partie ma personnalité comme exemple Abdellatif Laabi 

Envisagez-vous une adaptation théâtrale par exemple ?

J’ai déjà adapté plusieurs œuvres pour la scène comme Macbeth de Shakespeare, l’avare de Molière, la vie de ce dernier en parallèle avec celle d’un précurseur du théâtre arabe le syrien Abou Khalil al-Qabbani « Histoire à lire debout » de Jean-Paul Allégre.

Quel est votre futur ?

Mon futur c’est le moment présent ici et maintenant, assis dans ma jarre aux lettres, je ronge les livres comme une rate de champs enceinte … Quand accouchera-t-elle ? … Pour le moment j’ai un spectacle que j’offre et je partage avec les jeunes « Le dernier Jour d’un Condamné » de Victor Hugo un monodrame que j’ai adapté en dialecte marocain.

Que lisez-vous en ce moment ?

« Le fou du roi » de Mahi Binbine, histoire d’ « une famille shakespearienne » comme le disait lui-même. Mais je lis une courte pièce de théâtre par jour, en plus de mon livre de chevet actuel « Les grands procès : Marie-Antoinette »

Quelle est votre définition de la littérature ou du théâtre ?

Le théâtre est une lanterne qui devrait éclairer le chemin de la raison pour nos jeunes.

Un mot de fin !

J’ai faim du fin mot que contiendrait la réplique de ceux qui ont remplacé les mots par les balles … J’ai faim d’espoir, de raison, d’amour et de paix.


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« LA FEMME ET LA MER et autres pièces » de Mohamed Machti aux éditions de l’Harmattan.

La femme et la mer nous montre une femme confrontée à la mer qu’elle considère tantôt comme une amante qui lui a volé son mari, tantôt comme une déesse qui la protège. Elle est suivie de Mal de mer… Mal de terre et de Les dires de la mer. Dans les trois pièces, la mer est un personnage incontournable. Active, elle répond, lutte, console et gronde.

Mohamed Machti est un dramaturge, traducteur et formateur en théâtre-éducation né à Marrakech en 1961. Il a lui-même joué dans plusieurs pièces de théâtre au Maroc.

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