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Quel destin heureux, tragique et cruel de la reine de la comédie musicale Judy Garland !

Dans ce livre, l’auteur Bertrand Tessier raconte le talent et la chute de la surdouée du musical : Judy Garland. Il revient sur la vie mouvementée de la petite fiancée de l’Amérique, usée par Hollywood. Rencontre…

Présentez-vous en quelques mots ?

J’ai longtemps été journaliste et je le suis toujours même si je n’ai plus de carte de presse. Journaliste, ce n’est pas un métier, mais une attitude : la curiosité permanente. J’ai dirigé les pages show-business de Gala puis été rédacteur en chef de France Soir. À un moment, j’ai ressenti le besoin d’approfondir les sujets que je traitais. J’ai alors bifurqué vers l’écriture de livres et la réalisation de documentaires pour la télévision.

Comment êtes-vous venue un jour à prendre la plume et à écrire ?

J’ai toujours eu envie de raconter des histoires et de raconter l’époque dans laquelle elles s’insèrent. En revanche, j’ai toujours préféré la réalité à la fiction : la vie est une formidable romancière.

Comment est née cette idée de biographie sur Judy Garland ?

J’ai commencé par réaliser un documentaire sur Judy Garland et Vincente Minnelli dans la collection « Couples mythiques » produite par Adamis, actuellement diffusée en France sur OCS-Géant. Un film de 52 minutes, mais 52 minutes étaient bien courtes pour raconter l’incroyable destin de Judy Garland, son incroyable ascension et sa chute. Écrire un livre sur elle était pour moi une occasion de prolonger mon travail de réalisateur. De mieux comprendre comment l’une des plus grandes stars des années 40 avait fini dans la misère et la solitude. Toute vie est un processus de démolition disait Francis Scott Fitzgerald. De plus il a m’a semblé que c’était un prisme intéressant pour évoquer l’âge d’or d’Hollywood et les studios de la grande époque.

Comment a été conçu le travail de recherches et d’archives sur Judy Garland ?

Il a commencé avec le film qui m’a permis de rencontrer des témoins privilégiés de la vie de Judy Garland, comme Stevie Philips, qui a débuté comme son assistante avant de devenir agent de nombreuses stars, dont Robert Redford, ou Meredith Ponnedel, nièce de sa maquilleuse et confidente Dotty Ponnedel.

À travers ce texte, vous évoquez la position de l’enfant-star, les parents qui poussent à tout prix leurs enfants à la célébrité. Est-ce que ce système cruel existe-t-il toujours aujourd’hui ou a-t-il été dénoncé ?

À l’époque, le public était très friand d’enfants stars. Chaque studio avait les siens : Shirley Temple à la Fox, Mickey Rooney et Judy Garland à la MGM. Les studios les exploitaient sans vergogne. Pour les rentabiliser au maximum, la MGM avait même créé sa propre école : ils pouvaient ainsi passer des salles de classe aux plateaux sans perdre de temps. Mais les studios n’étaient pas les seuls à les exploiter : ils étaient une source de revenus pour les parents. Depuis les lois ont changé et l’argent des enfants stars est bloqué sur un compte jusqu’à leur majorité.

Hollywood à tout fait pour construire et détruire cet enfant prodige. Comment peut-on expliquer cela ?

La MGM l’a détruite, car c’était une cash machine : plus elle tournait, plus elle rapportait. Mais tourner des comédies musicales demande aussi de longues répétitions avant les tournages. Un rythme épuisant. La MGM a commencé à lui donner des excitants, des amphétamines, pour qu’elle soit toujours en forme. Mais comme avec les excitants, elle n’arrivait plus à dormir, ils lui ont aussi donné des somnifères. Un cercle infernal d’autant qu’elle avait une personnalité addictive : elle n’a jamais réussi à sortir de cette spirale. La grande époque d’Hollywood fait rêver, c’était le règne du glamour, mais l’arrière-cuisine n’était pas jolie : c’était business avant tout !

Pourquoi Judy Garland et les hommes, est-ce une histoire compliquée ?

Parce qu’elle épouse des hommes -au total, elle s’est mariée cinq fois- pour des mauvaises raisons. Le premier pour échapper à sa mère. Vincente Minnelli, car il sait mieux que les autres la mettre en valeur. Sid Luft, car il s’occupe d’elle -elle ne s’apercevra plus tard qu’il profite d’elle. Les deux derniers pour échapper à la solitude.

Judy Garland est-ce plus cinéma ou musique ?

Pour le public américain, c’est à la fois la star de la comédie musicale hollywoodienne – et Le magicien d’Oz à travers ses multiples diffusions à la télévision américaine occupe une place à part dans la mémoire collective américaine. Mais après son licenciement de la MGM, Judy Garland a su rebondir en devenant la grande voix de la musique populaire américaine, aussi connue et vénérée que Frank Sinatra. Mais c’est un aspect de sa carrière quasiment inconnu en France. À l’époque, les disques américains ne sortaient pas en France, sauf en imports.

Quel est le plus grand héritage laissé par Judy Garland ?

Je ne sais pas si on peut parler d’héritage, car les grandes comédies musicales hollywoodiennes ont quasiment disparu. Elle reste comme la star qui a le mieux incarné le genre : ce mélange de légèreté, d’insouciance, d’innocence, d’optimisme. Elle était bonne comédienne et bonne danseuse, mais son atout maitre, c’était sa voix exceptionnelle. Une voix qui transmettait une émotion à nulle autre pareille. Sur un plan plus personnel, son héritage, c’est bien sur Liza Minnelli. Ce qui est étonnant, c’est de voir à quel la vie de Liza Minnelli est une copie carbone de celle de sa fille : un succès phénoménal suivi d’une lente chute autodestructrice.

Comment est née cette rencontre avec les Éditions de l’archipel ?

Jean-Daniel Belfond m’avait appelé, car il souhaitait publier dans sa collection de poche ma bio de Jean-Paul Belmondo parue chez Flammarion. Depuis il est devenu l’un de mes éditeurs. Il a notamment publié mon livre sur Bernard Giraudeau, « le baroudeur romantique », qui avait connu un beau succès. C’est un homme de goût. Avec lui, les choses ne trainent pas : c’est oui ou c’est non.

Quel est votre prochain livre ou/et biographie ?

Pour le moment je travaille sur un documentaire consacré au cinéaste et producteur américain Roger Corman. Le pionnier du cinéma indépendant. Une manière de raconter une autre époque, un autre univers. Le prochain livre ? Pour l’instant, rien de décidé.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je viens de finir « Les choses humaines » de Karine Tuil. J’aime beaucoup la manière dont cette romancière sait brosser notre époque, nous interroger sur des thèmes d’aujourd’hui. Elle sait raconter une histoire : vous prendre par la main et ne plus vous lâcher.


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JUDY GARLAND

Comédienne, danseuse, chanteuse, Judy Garland fut la reine incontestée de la comédie musicale et la « petite fiancée de l’Amérique ».

Privée de son enfance par une mère qui l’a propulsée sur scène dès l’âge de trois ans, engagée à treize ans par la MGM, elle devient une star en entonnant « Over the Rainbow » dans Le Magicien d’Oz (1939). Elle enchaîne alors les succès qui font d’elle une cash machine inusable… ou presque. Fragile et complexée, Judy s’épuise et ne résiste qu’à grand renfort d’amphétamines prescrites par le studio. Début d’une descente aux enfers que cinq maris – dont Vincente Minnelli, le père de Liza – ne sauront empêcher…

Broyée par le système hollywoodien après son licenciement de la MGM, la star rebondit avec Une Étoile est née, avant de se consacrer à la chanson, devenant aux États-Unis le double féminin de Frank Sinatra. Mais elle n’échappe pas à ses démons – insomnies, alcool, crises suicidaires – et disparaît à quarante-sept ans, le 22 juin 1969, victime d’une overdose de barbituriques. Adulée du public, icône de la communauté gay, elle entre à jamais dans la légende.

C’est ce parcours flamboyant et tragique que retrace Bertrand Tessier, à l’aide de témoignages inédits.

Judy Garland, splendeur et chute d’une légende de Bertrand Tessier, disponible aux éditions de l’archipel et dans les points de vente habituels (Fnac, Amazon, Decitre, etc).


Au moment de la sortie prochaine du biopic « Judy : un destin hors du commun », Bertrand Tessier retrace le parcours flamboyant et tragique de la star disparue il y a 50 ans.

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