Thibault Loucheux, roman, éditions Lacour, Nîmes, Montpellier, Prix littéraire, Prix Joseph,

Paru en 2017, « Le regard vermeil du loup » de Thibault Loucheux, disponible aux éditions Lacour est un roman à énigmes, fantastique, érotique, horreur et psychologique. Un bon moment de lecture !

Après un échange sur Instagram, Thibault Loucheux, ce jeune auteur et cinéaste basé à Montpellier m’a envoyé son deuxième roman « Le Regard vermeil du loup », une histoire aux allures de Stephen King et du film « Shining » de Stanley Kubrick. Rencontre…

Comment es-tu venu un jour à prendre la plume et à écrire ?

Depuis très jeune. Contrairement à la plupart de mes camarades de classe, je prenais beaucoup de plaisir quand le professeur de français nous demandait de faire une rédaction. Même quand il fallait raconter notre week-end ou nos vacances, je me débrouillais toujours pour y glisser quelques mensonges. C’est la phrase de Cocteau : « un roman est un mensonge qui dit la vérité. » Comme l’écriture était un endroit où j’aimais me rendre, j’ai décidé de la visiter sans l’invitation du professeur. J’aime manipuler, au sens artisanal du terme, travailler la matière des mots et de la phrase. Petit à petit, au-delà du plaisir, c’est devenu une obligation, même une raison de vivre.

Où trouve-t-on l’inspiration ?

Du quotidien, de mes influences et de mon chaos intérieur. C’est un peu ma Sainte Trinité. J’appelle le quotidien ce que j’ai pu vivre dans le passé ou de ce que je peux percevoir du présent. Mes influences sont très importantes, leur rendre hommage est une évidence. Quant au chaos, c’est mon état général, mes obsessions, mes angoisses, mes traumatismes…

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Comment a été conçu le roman « Le regard vermeil du loup » ?

Le parcours de ce roman est totalement atypique. Au départ, je l’avais conçu comme le scénario d’un court-métrage. J’avais contacté Jean-Claude Dreyfus qui était d’accord pour jouer le rôle de Léonard. Puis le temps passait, j’aimais de moins en moins construire un film… Contrairement à la littérature, un film dépend énormément des autres. J’ai donc décidé de l’adapter en roman. C’était un livre très facile à écrire parce que je connaissais l’histoire par cœur. Je l’ai donc écrit en quelques semaines, mais l’histoire a évolué durant deux, trois ans.

Certains passages semblent être inspirés de ta vie, est-ce vrai ?

Dans un livre, il y a toujours des passages inspirés de la vie de l’auteur. Même si dans ce roman, ce n’est pas trop les scènes qui ressemblent à ma vie, mais plus mes obsessions.

Dans ton roman, tu abordes beaucoup la position de la femme et de l’art, pourquoi ?

Le point de départ du Regard vermeil du Loup est une réflexion sur l’art. Comment percevoir l’art, le fait qu’un aveugle peigne des tableaux, qu’une toile puisse avoir des pouvoirs magiques… Je m’étais renseigné sur le syndrome de Stendhal. Ce roman rend plus concrets le mystère de l’art et l’effet qu’il peut avoir sur les êtres humains. Mais le point commun de mes romans, ma principale obsession, c’est le rapport homme/femme. Comme la mort ou l’amour, on peut l’aborder dans tous les sens, c’est infini ! C’est un mystère qui ne sera jamais levé. Je voulais que le livre soit féministe en interpellant le lecteur à travers les propos misogynes de Léonard. Mais du coup c’est le livre qui a été vu comme misogyne. Cela dit, je voulais aussi qu’on aime le méchant. Donc je ne sais pas si le livre est totalement réussi ou totalement raté.

« L’auteur remarque alors que les pupilles de son amante sont fixes. Elle ne cligne pas des yeux et semble obsédée par quelque chose. Aaron comprend vite qu’elle est en train de regarder le tableau, comme si un lien unissait les prunelles de Rose et de la bête peinte. À son tour, l’écrivain tourne son regard vers la toile et rapidement le couple est hypnotisé par les deux billes vermeilles présentes sur la tête de l’animal. L’ambiance est calme, religieuse, comme une célébration d’un silence déconcertant. » Citation du roman

Tu évoques aussi la position d’un auteur en panne et/ou en cours d’écriture, est-ce des choses vécues ?

Le roman que j’écris actuellement est très dur à écrire. Avec le temps, on est de plus en plus exigeant. On se met dans des états atroces. Il faut être en condition. Je peux écrire très bien durant deux semaines, puis connaître une période de disette d’un mois, avant de tout déchirer et réécrire… Il n’y a pas de règles, les romans ont chacun une histoire singulière dans leur conception.

Pourquoi y a-t-il quelques passages érotiques et très explicites ?

J’ai toujours vu le sexe comme quelque chose de mystique. C’est comme si une autre de notre personnalité prenait le dessus. On retrouve notre condition animale, on est totalement en dehors de la société, d’abord par la nudité, puis par nos besoins et plaisirs. C’est un besoin naturel qui est depuis longtemps puni selon la pratique. C’est passionnant l’évolution de la vision du sexe dans l’histoire. Certaines personnes, tribus, États, vont vous autoriser des pratiques, d’autres les interdire. Tout dépend de la personne, de l’instant… Le sexe veut dire quelque chose.

Le paysage français est un élément central dans ton œuvre, pourquoi ?

Je dois connaître le décor pour écrire, je trouve que ça fait « plus vrai ». Dans mon premier roman, l’histoire se déroule à Montpellier. Dans le regard vermeil du Loup, c’est sur la côte Atlantique. Mes grands-parents ont un appartement à la Baule, et je me suis souvent baladé dans les environs. Je voyais l’océan se déchaîner sur les rochers, des maisons à l’architecture atypique. C’est devenu le théâtre du livre.

Résumé : Aaron, un écrivain en manque d’inspiration, est en pleine crise conjugale avec sa femme Rose. Pour surmonter cette épreuve, le couple décide de faire le tour de France en voiture pour les vacances. Après un accident sur la côte Atlantique, ils sont contraints de passer la nuit à l’hôtel du Loup. Ce lieu mystérieux est dirigé par Léonard, un vieux peintre aveugle et son employé Oscar. Dans la chambre vingt-trois qui est promise aux deux époux, la présence d’un tableau représentant un loup au regard rouge va changer leur existence…

Pourquoi avoir intégré une nouvelle dans un roman ?

C’est plus un conte qu’une nouvelle. J’aimais cette idée. Ça permettait de brouiller le lecteur sur un éventuel passé de Léonard. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? On ne sait pas.

Quand on lit le roman, on a l’impression de regarder une fiction, est-ce voulu ?

Probablement parce que le livre a d’abord été construit comme un film. C’est vrai que c’est un livre très visuel.

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Twitter @ThibaultLoucheu

Dans ce roman, tu cites Oscar Wilde, Woody Allen, Stephen King qui sont des figures littéraires et cinématographiques, sont-elles tes influences ?

Je les admire oui. Wilde, il y a un rapport évident avec Le portrait de Dorian Grey. J’aime les dandys : Wilde, Gainsbourg, Beigbeder… Je les trouve passionnants, ce sont mes plus fortes influences. Pour le côté horrifique du livre, c’est l’esthétique de l’horreur qui me passionne. J’ai voulu rendre hommage à King, Kubrick, mais aussi à un cinéaste capital, Dario Argento. J’ai écrit une étude sur Argento, et j’ai eu l’opportunité de le rencontrer il y a deux semaines. J’ai pu lui offrir le livre, c’était un moment unique.

Comment est née cette rencontre avec les Éditions Lacour ?

J’ai rencontré Christian Lacour grâce à un professeur d’histoire contemporaine David Mataix. Nous avions publié un livre d’étude sur les monuments contemporains de Nîmes avec ma promo, et j’ai eu l’opportunité de publier mes autres livres chez Lacour après. C’est un éditeur passionné que je ne remercierais jamais assez de m’avoir fait confiance.

Parle-moi du prix Joseph, tu en es le fondateur, je crois ?

Cette idée est venue parce que je me sentais seul à écrire à Montpellier. J’avais l’impression qu’il n’existait pas de « famille littéraire ». C’était triste de voir que trop peu de gens lisent dans le Sud. L’idée était donc de créer un prix littéraire qui valorise la littérature de la région, sans se prendre la tête ! On lit et on boit un coup en parlant de bouquins. J’en ai parlé à Jean-René Privat, le patron du Café Joseph, une institution à Montpellier. Passionné de lecture, il m’a tout de suite dit oui, et nos deux énergies ont travaillé ensemble sur ce projet. Le prix Joseph m’a permis de faire des rencontres formidables. La première édition fut une réussite, avec un parrain extraordinaire en la personne de Nicolas Rey. J’ai une immense admiration pour cet auteur qui était une grande influence avant de devenir un ami. Il sera à nouveau parrain du prix les prochaines années, avec un autre invité d’honneur qui changera tous les ans.

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Quel est le futur de Thibault Loucheux ?

Nous sommes déjà sur la deuxième édition du Prix Joseph. Je suis également dans l’écriture d’un roman plus classique, qui abordera à la fois le rapport homme/femme et la grande distribution.

Que lis-tu en ce moment ?

J’ai commencé l’année en lisant la rentrée littéraire d’hiver : Michel Houellebecq, Yann Moix et Nicolas Rey. Je continue avec Simon liberati, en relisant en même temps L’étranger de Camus.

Quelle est ta définition de la littérature ?

Je vais citer à nouveau la phrase de Cocteau : « un roman est un mensonge qui dit la vérité. »

Un mot de fin !

« Merci » me paraît approprié.

Infos : « Le regard vermeil du loup » de Thibault Loucheux aux Éditions Lacour – 15.00€ – 132 pages – 21 x 15 cm – imprimé et paru en 2017 – broché.

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