« Heureusement personne ne peut vous empêcher de rêver » Malyka R.Johany

A l’affiche du seule en scène « De Pékin à Lampedusa » de Gilbert Ponté au théâtre de l’Essaion tous les lundis et les mardis à 19H45 jusqu’au 9 Janvier 2018. Rencontre avec cette jeune artiste multi-talenteuse.

Parle-moi un peu de toi…

Alors, moi c’est Malyka R.Johany et je suis amoureuse de la scène. J’y fais du théâtre et de la musique. C’est après mon bac que j’ai officiellement décidé que jouer serait mon métier. J’ai alors intégré une école de comédie musicale, afin d’allier mes 2 grands amours. A la suite de cette formation j’ai commencé à me préparer aux concours nationaux en intégrant le conservatoire du XVème mais le monde de la musique m’a ouvert ses bras très vite, je venais d’avoir 19 ans et j’ai signé en major chez Warner Music France, puis plus tard chez Sony et M6 pour le projet When We Were Young. Avant ça j’avais participé à des projets qui me tenaient à cœur, dont NEW, la comédie musicale improvisée, ou encore une adaptation de Croisades de Michel Azama où je jouais Bella.

Que s’est-il passé après l’aventure When Were Are Young ?

Après le groupe ça a été le « retour à la réalité », on était parties en tournée, on avait vécu des expériences et rencontré des personnes incroyables. Après ça j’ai passé 8 mois à me refaire un réseau, quand on s’éclipse pendant 3 ans, les gens nous oublient. J’avais un projet d’album en tête mais le théâtre me manquait terriblement. J’ai eu ensuite la chance de rejoindre la troupe « une bulle dans le cadre » pour Fausse Moustache, la comédie musicale, où je joue une jeune fille qui désire se marier, mais son petit ami est sans papier.  Puis j’ai rencontré Gilbert.

 

Comment es-tu arrivée sur le projet théâtral « De Pékin à Lampedusa » écrit et mis en scène par Gilbert Ponté ?

J’ai vu l’annonce, cherchant une jeune fille noire et sportive sur facebook (merci les réseaux sociaux !). J’ai envoyé mon CV et ma photo, sans vraiment savoir quelle était l’histoire. On m’a ensuite contactée et envoyé le début du texte afin de préparer une lecture. Et là… Un vrai coup de foudre pour le texte, un vrai coup de foudre pour l’histoire, un vrai coup de foudre pour Samia.

Connaissais-tu l’histoire de Samia Yusuf Omar avant de l’interpréter ? 

Non, et en me renseignant sur qui elle était, ça m’est revenu. J’avais déjà entendu parler d’elle ! Je regarde les JO depuis petite, et je me suis souvenue que tout le stade s’était levé pour cette jeune fille qui était arrivée dernière. Oui, c’était bien Samia !

Comment as-tu préparé ce rôle d’interprétation ?

J’avais commencé à me renseigner pour préparer l’audition, en lisant « Ne me dis pas que tu as peur », ce livre raconte l’histoire de Samia. Puis sur les conseils de Gilbert j’ai lu « Eldorado », « Celles qui attendent », pour avoir différents points de vue sur l’immigration (ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qui aident, etc). J’ai regardé des photos de Mogadiscio, des films, des reportages parfois très dur sur le thème des migrants, dont un documentaire très beau Fuocoammare, qui se passe à Lampedusa. Puis des vidéos d’athlétisme et beaucoup de musique somalienne. Tout ce qui pouvait me nourrir.

Grace à ce rôle, comprends-tu la fuite des migrants de leur pays d’origine ?

J’imaginais bien pourquoi les migrants fuyaient avant le rôle, mais le fait de l’incarner me rend encore plus sensible à ce problème. J’ai envie d’aider et je crois que la pièce est déjà un très beau témoignage qui permet de nous rendre plus humain et moins dans le jugement. J’ai pris conscience, encore plus fort, que si les migrants choisissent de faire ce voyage inhumain, c’est qu’ils quittent quelque chose de bien pire derrière eux. Ça me révolte.

Quelle est la dernière pièce de théâtre qui t’a touchée ?

J’ai 3 coups de cœur, je ne peux pas choisir, j’ai été à Avignon cet été et j’ai pu voir des spectacles très beaux qui m’ont bouleversée : Depuis l’aube (ode au clitoris), qui parle des femmes ; Le cahier d’Elikia, sur les enfants soldats, et un magnifique seul en scène La clé de Gaïa de et avec Lina Lamara.

Quelles sont tes modèles ou idoles ? et pourquoi ?  

Mon meilleure modèle, (c’est très culcul, je préviens !) c’est ma maman. Parce qu’elle m’a toujours encouragé à vivre mes rêves, elle m’a appris à m’aimer tel que j’étais malgré les jugements. Elle m’a appris à être patiente parce que tout ce qui doit venir à toi, viendra. Elle est très sage ma maman.  Sinon en musique je dirai Ella Fitzgerald. Sa voix suffit à en faire une idole, n’est-ce pas ? c’était une improvisatrice incroyable et une précurseur. Au cinéma je suis fan d’Emma Watson, elle choisit des rôles de femmes fortes et au-delà de l’artistique, elle se sert intelligemment de sa notoriété pour tenter de faire évoluer les mentalités, j’avais beaucoup aimé son discours à l’ONU.

Quels sont tes futurs projets ?

Déjà « de Pékin à Lampedusa » jusqu’en janvier !  Mais c’est vrai qu’en ce moment je m’interroge beaucoup sur la place des femmes noires en France. J’ai commencé à écrire sur le sujet avec une amie.  J’aimerais également composer un nouvel album l’année prochaine, mais plus pour me faire plaisir. J’espère avoir également l’opportunité de jouer des rôles aussi puissants que celui de Samia dans l’avenir.

Un mot de fin !

Heureusement personne ne peut vous empêcher de rêver.

©Pierre François

Merci à Makyla R.Johany d’avoir répondu à mes questions.

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