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Rencontre avec Jean-Paul BLED qui raconte l’existence tumultueuse et passionnée d’une actrice de légende « Marlène Dietrich : La scandaleuse de Berlin ». Une biographie passionnante et captivante du mythe iconique et intemporelle : Marlène Dietrich.

Présentez-vous en quelques mots

Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Paris-Sorbonne, j’y ai occupé pendant quinze ans la chaire d’histoire de l’Allemagne contemporaine et des pays de langue allemande.

Comment êtes-vous venue un jour à prendre la plume et à écrire ?

L’écriture fait partie des tâches quotidiennes de l’universitaire. En ce qui concerne les livres, j’ai été approché en 1983, après la soutenance de ma thèse de doctorat d’État, pour écrire une biographie de l’empereur François-Joseph. Ce premier livre est sorti en 1987. Il faut croire que j’ai attrapé le virus. Depuis cette date, j’ai publié une vingtaine d’ouvrages.

Comment est née cette idée de biographie sur Marlène Dietrich ?

Écrire une biographie de Marlène Dietrich est un projet ancien. J’ai eu la chance que Benoît Yvert, le directeur de Perrin, l’approuve. Ce livre a été pour moi un exercice nouveau. J’ai déjà écrit plusieurs biographies, mais celle-ci est la première consacrée à une personnalité du monde du cinéma.

Comment a été conçu le travail de recherches et d’archives sur Marlène Dietrich ?

Ce livre est largement fondé sur le dépouillement des archives de Marlène Dietrich, notamment ses correspondances, qui sont déposées à Berlin. Il y a là une manne extraordinaire pour l’historien. D’autant que ce fonds immense acquis par la ville de Berlin peu après la disparition de Marlène Dietrich en 1992 réserve encore la possibilité de multiples trouvailles.

À travers ce texte, vous évoquez la position de la femme par rapport à Marlène Dietrich. Peut-on dire que Marlène était une féministe avant l’heure ?

Marlène n’a cessé de briser les codes et les conventions qui ligotaient la femme. À ce titre, elle peut être regardée comme une féministe avant l’heure. Mais, paradoxalement il n’est pas certain qu’elle se soit sentie proche du mouvement féministe lorsque celui-ci a pris corps dans les années 60 et 70.

Marlène est née en Allemagne, a cultivé son succès à Hollywood & son cœur était français.  Comment est-ce possible ?

Marlène Dietrich est une héroïne à plusieurs visages. Née en Allemagne, elle s’en est détournée quand Hitler y a pris le pouvoir. Elle a acquis la citoyenneté américaine et a servi sous l’uniforme de l’US Army. Pour autant elle s’est toujours sentie européenne. Sa relation avec la France est ancienne. Elle date des années de son enfance. Elle s’y établit de manière définitive à partir des années 60. Elle a même longtemps prévu d’y être inhumée. Elle se réconcilie avec l’Allemagne après la chute du Mur de Berlin. C’est finalement dans la ville de son enfance et de sa jeunesse qu’elle est enterrée.

Marlène Dietrich et Jean Gabin, un couple mythique, n’est-ce pas ?

Marlène Dietrich a aimé plusieurs hommes. Mais sa relation avec Jean Gabin a un caractère exceptionnel. Déjà par sa durée : 7 ans de 1941 à 1948. Elle s’est achevée par une rupture qui était sans doute inévitable, mais qui a laissé à l’un comme à l’autre une blessure. D’ailleurs, à la mort de Gabin, Marlène dira être veuve pour la seconde fois.

Peut-on dire que Marlène Dietrich est une femme libre avant tout ?

Marlène Dietrich peut effectivement se définir comme une femme libre. Mais cette liberté a un coût très lourd qui est la solitude.

Y a-t-il une actrice au parcours plus ou moins similaire à celui Marlène Dietrich de nos jours ?

L’actrice a mes yeux la plus proche de Marlène Dietrich serait Romy Schneider. Leur sens partagé de la liberté les rapproche. L’une et l’autre entretenaient d’autre part des rapports compliqués avec l’Allemagne. Marlène Dietrich s’était prise d’amitié pour Romy Schneider. Elle se comportait vis-à-vis d’elle comme une grande sœur. Elle l’a notamment beaucoup aidée dans les dernières années de sa vie.

Pourquoi l’avoir intitulé la scandaleuse de Berlin ?

La scandaleuse de Berlin est le titre français d’un des meilleurs films de Marlène Dietrich tourné en 1948 sous la direction de Billy Wilder. Scandaleuse, elle l’est par sa liberté de mœurs et son mépris des conventions. Berlin fait référence au lien très fort qui l’unit à cette ville. Un lien illustré par une de ses chansons : « J’ai encore une valise à Berlin ».

Comment est née cette rencontre avec les Éditions Perrin ?

En 2010, Benoît Yvert m’a proposé de republier la biographie que j’avais consacrée à Bismarck. Cela a été le début d’une collaboration placée sous le signe de l’amitié. Plusieurs livres ont suivi. Toujours pour Perrin, j’ai également préfacé et annoté plusieurs ouvrages de souvenirs. J’ai encore participé à plusieurs ouvrages collectifs publiés par Perrin. Je voudrais encore ajouter que travailler pour Perrin est un vrai plaisir. Outre les liens d’amitié qui m’unissent à Benoît Yvert, il est très agréable de travailler avec les équipes de Perrin qui allient un grand professionnalisme à une grande gentillesse.

Quel est votre futur ?

Je prépare actuellement une édition annotée des Mémoires de Bismarck. Ce sera une suite logique de la biographie que j’ai consacrée au Chancelier de Fer.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je suis un grand amateur de polars. Je lis actuellement la trilogie berlinoise de Volker Kutscher d’où a été tirée la série télévisée Babylon Berlin. J’y retrouve au demeurant l’ambiance dans laquelle s’est développée la carrière berlinoise de Marlène Dietrich. Le second roman La mort muette a pour cadre le passage du cinéma muet au parlant.

Quelle est votre définition de l’écriture ?

L’écriture est un espace à la fois de contraintes et de libertés. C’est ce qui le rend si stimulant pour l’écrivain, quel que soit le genre qu’il pratique.

Un mot de fin !

Lorsqu’un auteur met le point final à un livre, il ne peut s’empêcher de ressentir un pincement au cœur. Mais sans doute n’ai-je jamais connu ce sentiment aussi fortement qu’au moment de quitter Marlène. J’avais passé trois années avec elle et je m’éloigne d’elle comme on quitte un être cher.


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« Marlène Dietrich : la scandaleuse de Berlin » de Jean-Paul Bled disponible en librairie le 21 FÉVRIER 2019 – Biographie – 380 pages – 24€

Jean-Paul Bled, professeur émérite à l’université Paris IV Sorbonne, est un des meilleurs spécialistes actuels de l’histoire de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Son dernier ouvrage, Sophie de Habsbourg. L’impératrice de l’ombre, a rencontré un grand succès public et critique (Grand Prix 2018 de la biographie de la ville d’Hossegor).

Près de trente ans après sa disparition, le mythe Dietrich n’a pas pris une ride. Josef von Sternberg avec qui elle tourne sept films de référence, de L’Ange bleu à La Femme et le Pantin, commence à forger cette actrice de légende au début des années trente. Maître de la lumière, il stylise sa beauté et crée le personnage d’une femme fatale, sensuelle et sophistiquée. Dans le sillage de son Pygmalion, elle met son sens du perfectionnisme au service de son image. Tirant le maximum de ses atouts, son visage, son regard, sa silhouette, sa voix, elle devient une icône, une Vénus intemporelle qui défie les atteintes de l’âge.

Marlène Dietrich incarne la femme libérée aussi bien dans son style que dans ses moeurs. Artiste aux tendances androgynes, elle a le goût des vêtements masculins à l’image du frac qu’elle porte dans Morocco et dans La Vénus blonde. Cette liberté, elle la pratique au premier plan dans ses relations avec les hommes, dont Jean Gabin, et les femmes qui traversent sa vie.

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