Virginie Gossart, livre, premier roman, éditions les presses littéraires, cinéma,

« Un triangle presque parfait » de Virginie Gossart est un roman qui part à la quête de l’amour, de l’amitié, de la vie et de la mort sur un fond thriller policier et fantastique mi-humain, mi-vampire. Un délicieux mélange de genres et de références culturelles, artistiques et cinématographiques ! Rencontre…

Histoire d’un triangle amoureux à géométrie variable, récit métaphorique, sombre rêverie sur le sang : Un triangle presque parfait est tout cela à la fois. Un roman qui bouscule les codes des genres policier et fantastique, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Virginie GOSSART, en quelques mots ?

Pour utiliser une formule synthétique, je pourrais dire que « je ne suis pas celle que vous croyez » ! Optimiste de nature, mais très angoissée, romantique et cynique à la fois, étrange et pourtant très rationnelle, calme en apparence, mais en constante métamorphose … Je crois bien que j’ai déjà dépassé les « quelques mots » … Et pour revenir à une présentation plus « classique », je suis originaire de la Côte d’Azur, une région à laquelle je suis toujours très attachée, et je vis aujourd’hui à Nîmes, dans le Gard.  J’enseigne le français depuis dix-huit ans.  Si je suis toujours aussi passionnée par mon métier, mon amour pour la littérature, l’écriture et le cinéma est très ancien et déborde largement le cadre scolaire. Je suis également rédactrice de chroniques pour un site culturel (« La Grande Parade ») où je me consacre essentiellement aux arts vivants et à la musique. J’éprouve une curiosité insatiable pour toutes les formes d’art, et je n’ai jamais assez de temps dans mes journées pour découvrir de nouveaux horizons culturels.

Comment êtes-vous venue un jour à prendre la plume et à écrire ?

Cela va vous sembler très banal, mais j’écris depuis longtemps. Adolescente, je griffonnais des poèmes torturés vaguement inspirés de Baudelaire et Rimbaud sur des cahiers et je m’amusais à écrire des récits à quatre mains, plutôt absurdes et parodiques, avec des amis proches. Plus tard, j’ai tenu des journaux intimes. Écrire a toujours été pour moi une activité essentielle, sans doute parce qu’elle m’a toujours permis de coucher sur le papier des sentiments, pensés, émotions que je ne pouvais formuler oralement. La dimension thérapeutique – voire cathartique – de l’acte d’écriture m’a toujours semblé prépondérante. Pour moi, c’est une forme de sublimation. Mais pendant très longtemps, je n’ai pas osé faire lire une ligne à qui que ce soit. Cela devait rester une activité secrète et intime. Le désir du regard d’autrui était là, mais la confrontation aux modèles littéraires que j’aimais était pour moi un frein. Mes études universitaires, mon métier d’enseignante, tout cela formait une espèce de plafond de verre qu’il a été difficile de briser. Il n’y a pas eu de réel déclic. Un jour, quelqu’un vous dit qu’il aimerait lire ce que vous écrivez et vous vous sentez suffisamment en confiance pour accepter. C’est alors que vous vous dites : pourquoi ne pas aller encore plus loin ? C’est un processus long et périlleux, car il n’est jamais exempt de doutes et de remises en question, mais je ne regrette pas d’avoir franchi le pas …

Où trouvez-vous l’inspiration Virginie Gossart ?

Absolument partout ! Je suis très observatrice et j’ai une mémoire d’éléphant… La moindre anecdote vue ou vécue peut me servir de point de départ. Mes proches s’en plaignent d’ailleurs assez souvent ! Mais j’aime aussi partir de mes propres rêves, ce qui peut expliquer la part onirique de mon écriture, sa part psychanalytique aussi…

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Virginie Gossart, comment a été conçu ce premier roman « Un triangle presque parfait » ?

Cette histoire a justement pour point de départ un rêve très étrange que j’ai fait il y a bien longtemps, à une époque où j’avais encore le temps de noter mes songes au petit matin ! Ce n’était alors qu’une trame décousue, comme dans la plupart des rêves, mais elle était suffisamment troublante, intrigante, et sulfureuse, pour déclencher en moi le désir d’en tirer un récit. Cela explique sans doute le caractère fantasmatique de certaines scènes, et la dimension philosophique qui s’est peu à peu greffée à cette histoire. Comme si j’avais essayé de m’expliquer le sens de ce rêve en construisant une intrigue autour de lui, en en faisant le cœur névralgique d’une enquête (et d’une quête) qui pose d’ailleurs bien plus de questions qu’elle ne donne de réponses…

Dans ce roman, vous abordez beaucoup la position de l’amour, de l’amitié, des relations, de la vie et de la mort. Pourquoi ?

Parce que ce sont les questions essentielles qui guident notre existence, non ? Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de plus important que les liens affectifs – heureux, douloureux, épanouissants, toxiques… – que nous tissons avec ceux qui nous entourent. Et les questionnements autour de la vie et de la mort nous hantent à partir du moment où nous sommes en âge d’y réfléchir. Ce n’est pas par hasard si mon roman débute sur une référence au lien étroit entre éros – pulsion de vie – et thanatos – pulsion de mort.

Des références littératures, cinématographiques, des œuvres d’art sont mentionnées dans votre roman. Sont-elles des figures artistiques qui vous inspirent ?

Oui, bien sûr, elles m’inspirent et nourrissent en permanence mon écriture. La multiplicité des références s’explique de plusieurs façons : j’avais d’abord envie de parler des œuvres que j’aimais, qu’elles soient littéraires, plastiques ou cinématographiques. Mais je voulais aussi faire de mon roman une sorte de collage, un kaléidoscope de voix et de références multiples derrière lesquelles me cacher tout en me dévoilant. Car contrairement aux apparences, Un triangle presque parfait est un texte très intime. On peut même aller jusqu’à dire que chaque personnage – y compris les personnages masculins et secondaires – est une version de moi-même. Le titre est lui aussi à entendre dans ce sens. Au-delà de la référence au cinéma hitchcockien et au cliché du triangle amoureux, il évoque l’idée que la perfection est toujours trompeuse, et que ce qui se présente ici comme une fiction n’en est peut-être pas tout à fait une. 

Chaque chapitre renvoie à une citation, une chanson, un titre. Est-ce une façon d’accompagner le lecteur dans cette intrigue ?

Oui, d’une certaine manière. Il y a également plusieurs systèmes d’échos entre les chapitres qui appellent à la vigilance du lecteur et invitent à une relecture plus attentive. C’est ce mystère, cette nécessité du déchiffrage et ces correspondances qui me touchent dans les œuvres que j’aime. Mais les clés de lecture qui balisent le texte sont avant tout un jeu littéraire et n’emprisonnent pas le lecteur dans une seule interprétation. Chacun est libre de lire ce roman comme il le souhaite. C’est une très bonne chose qu’un livre échappe à son auteur.

La couleur rouge est sans cesse représentée dans cet ouvrage, quelle en est-elle la raison ?

C’est avant tout la couleur du sang, qui est à mon sens un symbole très ambivalent, puisqu’il évoque aussi bien la vie (dans ce qu’elle peut avoir de plus sensuel, de plus charnel) que la souffrance, la blessure, et la mort. Le rouge est aussi pour moi la couleur de la révolte, de l’émancipation, de la transgression. C’est donc une couleur qui me semble parfaitement correspondre à cette histoire. J’avais d’ailleurs songé à un autre titre, beaucoup plus parodique que celui que j’ai finalement choisi : « Rhésus et sentiments ». Cela avait l’avantage de me faire beaucoup rire tout en mettant en avant la métaphore du sang, essentielle dans le récit. Mais je ne suis pas sûre que mon éditeur aurait apprécié ce second degré !

Cette couverture est sublime, d’où vous vient cette idée ?

Merci ! La collection « premier roman » imposait une charte graphique particulière, mais j’ai tout de même pu choisir le visuel. J’ai rapidement adopté celui des triangles multicolores (et imparfaits, car tachetés par endroits), car ils collaient à merveille au titre et à l’histoire : tout en évoquant bien le triangle amoureux à géométrie variable que forment les trois personnages principaux, ils donnent aussi une idée du mélange des genres, des tons et des registres qui caractérise mon style.

Quelles sont vos influences ?

Mes influences littéraires sont trop nombreuses pour que j’en fasse ici la liste, mais je crois que mon premier choc littéraire a été la lecture de « l’écume des jours » de Boris Vian. Après cette découverte d’adolescence, j’ai dévoré tout ce qu’il avait écrit, y compris ses romans noirs américains (avec une prédilection pour, »j’irai cracher sur vos tombes »). La poésie de ses textes, son humour noir, ses jeux sur la langue, la diversité et l’originalité de son inspiration m’ont toujours impressionnée. Cet homme savait tout faire et le faisait comme personne avant lui. Ensuite, il y a Les Chants de Maldoror de Lautréamont, à rebours de Huysmans, Nadja d’André Breton, L’Ève future de Villiers de L’Isle-Adam, les nouvelles de Maupassant, d’Edgar Poe et de Lovecraft, les romans de Kafka. Je crois que ce qui relie toutes ces œuvres, c’est un certain goût pour l’étrangeté ou l’hermétisme, une forme de noirceur et de décadence qui n’exclut pas l’humour et l’absurde, ainsi qu’un style extrêmement riche et travaillé. D’ailleurs, des références plus ou moins explicites à ces auteurs parcourent mon roman.  J’ai également toujours éprouvé un vif intérêt pour la poésie : Louise Labbé, François Villon, Aloysius Bertrand, Rimbaud, Eluard, Apollinaire, Saint-John Perse, Francis Ponge, j’en oublie tant !  J’éprouve moins d’intérêt à lire le théâtre, que je préfère de loin voir représenter sur une scène. Cela peut sans doute expliquer que je me sente plus à l’aise avec l’écriture romanesque, même si l’un des chapitres d’Un triangle presque parfait est écrit sous une forme théâtrale.

Virginie Gossart, comment est née cette rencontre avec les Éditions « Presses littéraires » ?

Un ami écrivain m’a conseillé de leur envoyer mon manuscrit. Cette rencontre avec « Les Presses littéraires » m’a permis de passer de l’auto-édition à l’édition traditionnelle, ce qui m’a ouvert de nouvelles portes. Je crois que la vie est faite de hasards et de rencontres, et qu’il faut savoir saisir les opportunités qui se présentent.

Envisagez-vous une adaptation audiovisuelle ?

On me dit souvent que mon roman est très « cinématographique », ce qui ne m’étonne pas vraiment.  Le cinéma est en effet un art qui me passionne et il influence inévitablement ma manière d’écrire. Durant l’écriture d’Un triangle presque parfait, j’avais plusieurs films cultes en tête : le Dracula de Francis Ford Coppola pour l’esthétique gothique, la sensualité des personnages et le thème de l’amour éternel ; Entretien avec un vampire de Neil Jordan pour le mélange du dandysme et de la sauvagerie ; Blade et son esthétisation de la violence ; Only lovers left alive de Jarmusch pour le cachet littéraire du vampire et l’histoire d’amour anticonformiste.  Mais le lecteur pourra peut-être également sentir l’influence plus diffuse du cinéma de Dario Argento, de David Lynch ou de Cronenberg. En écrivant, j’avais conscience que la plupart des scènes étaient très visuelles, et que le corps (sublimé, transformé, mutilé…) y avait une dimension essentielle. Je serais bien entendue ravie que l’on me propose une adaptation audiovisuelle. Je crois que le texte s’y prête entièrement.

Quel est votre futur de Virginie Gossart ?

En dehors de ma vie de professeur, j’ai plusieurs projets en cours, toujours romanesques : je suis en train de terminer un récit policier assez rocambolesque centré autour d’une amitié fusionnelle entre deux femmes que tout sépare. C’est un texte qui repose sur des effets de surprise et de chute assez déconcertants. L’humour y est très présent, et on retrouve également ce mélange des genres qui caractérise un peu mon style. Je travaille aussi sur un autre projet, qui me prendra sans doute un peu plus de temps. Ce sera un roman centré sur l’introspection d’une héroïne en plein « burn out », qui décide du jour au lendemain et sans prévenir personne, de partir sur une île pour se trouver (ou se retrouver).  Le jeu sur les focalisations permettra de donner des éclairages parfois inattendus sur ce personnage en fuite.  Toujours dans la même idée de perdre un peu le lecteur (comme j’aime moi-même me perdre dans un roman), d’explorer la part inconsciente de l’individu, la fragilité de son identité, et le caractère souvent trompeur du langage.

Que lisez-vous en ce moment ?

Mes goûts me portent très souvent vers des livres qui transgressent les codes établis. Dans mes dernières lectures marquantes, il y a par exemple Une vieille histoire, le dernier roman de Jonathan Littell. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi déroutant. Ce scénario qui se rejoue sans cesse avec des leitmotiv et d’infimes variations me rappelle beaucoup les expérimentations des Nouveaux Romanciers, mais avec une modernité et une violence particulièrement saisissantes.

Virginie Gossart, quelle est votre définition de la littérature ?

La littérature, c’est ce qui nous permet d’exister quand personne ne nous écoute…

Un mot de fin !

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout, et à bientôt sur ma page auteur de Facebook ! ( https://www.facebook.com/virginiegossartauteur/)

Virginie Gossart, livre, premier roman, éditions les presses littéraires, cinéma,

Un triangle presque parfait – Virginie Gossart – 14,5 X 22,5, 138 pages – 12 € – Éditions les Presses littéraires

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